En garde, prêt, allez !

Voir toutes les images (3)

De Richelieu…

Peut-être à la suite de la mort de son frère ainé en duel, mais sans doute dû à l’hécatombe de soldats-cadres de l’armée royale tombant en duel pour laver leur honneur, Richelieu fait interdire, le 6 février 1626, cette pratique destinée à régler ses comptes. Plusieurs édits entre 1626 et 1679, confirmés par ceux de 1651 et de 1679 et 1711 ne peuvent rien contre cette fureur et produisent peu d’effet.

Plus tard, le code pénal de 1810 ne traite pas particulièrement du duel : toutes blessures pendant un duel constituent un délit prévu et puni par la loi avec les articles 309 et 311. C’est la jurisprudence de la Cour de cassation qui est engagée quand il y a mort d‘homme. Dans la réalité, peu de duellistes sont poursuivis et encore moins condamnés, tandis qu’une véritable rage du duel s’empare du XIXe siècle.

…à Victor Pradal

C’est le cas en Ardèche quand, le 7 juillet 1873, Alphonse Christol, brigadier de gendarmerie de Privas, note ce que la rumeur publique lui apprend : « Un duel avait eu lieu dont nous ignorons les causes entre les sieurs Pradal, âgé d’environ 30 ans, rédacteur en chef du journal Le Réveil de l’Ardèche et Cauvin, âgé de 32 ans, rédacteur au journal l’Écho de l’Ardèche1. Ils étaient allés se battre, les armes choisies par les deux adversaires étaient les fleurets, vers les quatre heures du matin. Ils étaient rendus au lieu assigné du côté de la pleine [sic] du lac. Pradal était accompagné du sieur Lespice, pour lui servir de second, Cauvin avait pour témoin M escoffier, gérant de l’Écho. Monsieur Pouzet y était aussi, il avait été choisi comme médecin en cas de blessures graves, deux autres témoins y étaient, leur nom ne sont pas encore connu de nous ; Il est résulté après vingt minutes de combat, Cauvin a été égratigné entre l’index et le doigt majeur de la main gauche, une autre blessure sur le bras, mais aussi très légère, ces deux blessures ne donnent pas même une journée d’incapacité de travail, aucun autre renseignement n’est venu à notre connaissance2.» 

Ce sont donc les blessures infligées qui entrainent la rédaction du procès-verbal.

Les deux prévenus sont convoqués par la justice et le tribunal de Privas en correctionnelle, le vendredi 18 juillet 1873 à 8 heures du matin. Entre autres témoins sont convoqués Charles Lespice, imprimeur à Privas et Adolphe Michel, chef de bureau au chemin de fer à Privas.

Nous savons que Victor Pradal a provoqué Charles Cauvin en duel pour « réparation des injures qu’il avait cru voir à son adresse dans un article inséré dans l’Écho de l’Ardèche et signé par M. Cauvin.» Lespice, dépêché par Pradal demande à Cauvin de rectifier son article ce qu’il refuse « n’ayant pas l’intention de blesser en quoi que ce soit M. Pradal ». Lespice lui demande alors réparation par les armes, qui est acceptée.

Les duellistes ont droit à quatre tentatives, après lesquelles « le combat doit cesser quoiqu’il arrivât ». Cependant des « précautions ont été prises pour empêcher que la rencontre ait des conséquences funestes » : les témoins du duel « étaient chargés de relever les coups qui leur paraitraient dangereux », les « combattants étant peu faits au maniement des armes ». L’arme choisie est l’épée (et non le fleuret) selon les témoins.

Quelques égratignures plus tard, les deux acteurs de ce duel sont déclarés coupables de voies de fait et sont condamnés chacun à 16 francs d’amende et solidairement aux frais.

De cette histoire, seul le nom de Victor Pradal est retenu. Avocat et rédacteur du Réveil de l’Ardèche, il devient sénateur du département et meurt dans un accident de voiture le 20 juillet 1910 à Saint-Étienne de Boulogne.

 

Ces deux journaux sont antinomiques : Le Réveil de l’Ardèche est progressiste et l’Écho de l’Ardèche est conservateur.

Dossier de procédure. Archives départementales de l’Ardèche, 3 U 2 1297.

 

La fin des duels en France

En France, le dernier duel a lieu le 21 avril 1967, dans le parc d’un hôtel particulier de Neuilly-sur-Seine. Il oppose deux parlementaires : Gaston Defferre, maire de Marseille, député SFIO, et le gaulliste René Ribière, élu du Val-d’Oise. Suite à un « Taisez-vous, abruti ! » de Gaston Deferre à l’encontre de René Ribière, ce dernier demande des excuses à son offenseur qui les lui refuse. Aussitôt, Ribière exige réparation par les armes et choisit l’épée. Malgré la tentative du général de Gaulle, de faire annuler ce duel, il a lieu, attire même de nombreux journalistes et est filmé. Trois assauts et deux estafilades plus tard, l’arbitre Jean de Lipkowski, arrête le combat : Ribière a deux blessures sans gravité. Deferre avait un avantage sur son adversaire, il s’était déjà mesuré au radical Paul Bastid, vingt ans plus tôt au pistolet.